psychogravatologie

  Le gravat sous le feu des émotions

© Jacques Siron, textes et photos

On croyait que les gravats étaient inertes.

Or une nouvelle découverte remet complètement en cause cette certitude. En effet, des chercheurs de la Universidad Libre de Cuernavaca au Mexique ont soumis des gravats à un bombardement d’émotions intenses. Pour leurs expériences, le professeur Sanchez et son équipe ont utilisé un cyclotron à émotions dans lequel ils plaçaient des gravats minutieusement passés au sèche-cheveux. Pour remplir les canons servant au bombardement, ils ont rencontré de grandes difficultés à obtenir des émotions pures. Après de nombreux tâtonnements, ils sont parvenus à produire des distillations très sophistiquées.

Les chercheurs ont observé des réactions lumineuses à certaines émotions intenses. Les gravats émettent des photons sous le coup de la colère, de la joie, de la honte, de la pudeur, de l'insouciance, etc.

« Un petit pas dans les gravats, c'est un grand pas pour l'humanité » a déclaré le professeur Sanchez sous le coup de l'enthousiasme. Seule ombre au tableau : la jalousie des collègues du Christchurch Catholic College en Nouvelle Zélande, grands rivaux de Cuernavaca. Ils ont écrit une série d'articles colériques dans le New Zealand Journal of Emotions.

Ci-dessous figure une série d'images émouvantes :


Après de nombreuses tentatives infructueuses, voici la première réaction lumineuse des gravats jamais observée. Sur cette photo en basse résolution, on voit le bombardement de peur (faisceaux verts et orangés), avec une brève réaction des gravats (ovales blancs avec un liséré violet). Cette réaction très fugitive est hélas restée impossible à reproduire pendant de plusieurs semaines. On voit la grande perche qui sert à alimenter le canon avec du distillat concentré d'émotion (ici, un concentré de tristesse, en blanc). Mais les essais de bombardements de tristesse provoquent un début d'incendie dans le cyclotron (les flammes se voient à droite sur la photo). Il faut plusieurs semaines pour réparer la machine. Un cocktail de lumières multicolores, certainement provoqué par un cycloton mal réglé. Le doute s'installe parmi les chercheurs : et si toutes ces taches lumineuses n'étaient que des artefacts dus aux bombardements ? Ne faut-il pas trouver un autre système de distillation pour produire des émotions plus pures ? Et surtout, les gravats ne sont-ils pas que de la matière inerte ? On coit reconnaître des réactions différenciées suivant les émotions : en rouge la honte (réaction de pudeur), en vert l'excitation (réaction d'impudeur), en jaune la curiosité (réaction de voyeurisme), en blanc la somnolence (réaction d'indifférence). Les taches lumineuses semblent plus précises. Mais tout cela n'a pas vraiment l'air sérieux. Rodriguez, l'assistant du professeurs Sanchez évoque la possibilité d'un mirage. La moutarde monte au nez du professeur Sanchez. Première réaction lumineuse à un bombardement de colère. Cette fois, avec une émotion bien ciblée, le gravat est touché. Sa réaction lumineuse laisse apercevoir une grande furie. Il ne s'agit pas d'une hallucination. L'espoir renaît chez le professeurs Sanchez. Vue lointaine d'un gras tas de gravats soumis à un léger bombardement d'indifférence. Mais de nouveau le soufflé retombe vite. Les résultats sont instables. Les gravats semblent soumis à une grande paresse. Après plusieurs heures de bombardements infructueux apparaît une timide réaction de joie. Le professeur Sanchez exhulte, mais Rodriguez son assistant tente de le calmer. « Professeur, professeur, rien n'est joué » dit-il. La joie frémit. Et si le professeur Sanchez était sur la bonne piste ? Cette fois, c'est Rodriguez qui se met à douter de ses doutes. Soudain une déflagration désintègre le gravat sous les exclamations des chercheurs. Le gravat se démultiplie en une série de plus petits gravats. Il flotte une odeur de poudre dans le cyclotron. Sous l'impulsion de la jalousie télécommandée par Rodriguez (en vert), un gravat se met à émettre des photons de rage (en blanc). Le professeur Sanchez devient fébrile à l'idée de publier cette découverte. On boit le champagne. Une nouvelle collision dans le cyclotron, qui provoque l'apparition d'un gravat-boson de Higgs. Aussi fort que le CERN ! La Universidad Nacional de Cuernavaca vient de marquer un grand coup. Rodriguez avertit par fax ses collègues de Christchurch (Nouvelle-Zélande). Surprise ! A la suite d'un bombardement de sérénité, intense réaction d'un gravat. Après toutes ces émotions, le professeur Sanchez est tellement fatigué qu'il se demande s'il ne s'agit pas d'une illusion. Le bombardement de sérénité provoque non seulement une réaction lumineuse, mais le gravat se met en lévitation dans les mains du professeur Sanchez. Le doute s'envole. La lévitation se poursuit à la stupéfaction générale. Victoire ! Chercheur scientifique habituellement réservé, le professeur Sanchez laisse échapper une larme de joie, qu'il écrase aussitôt sous le coup de la honte. Ses collègues découvrent qu'après tout, il est aussi un homme. Dans la nuit de Cuernavaca, Rodriguez voit son patron sous un autre jour (on le devine à droite sur la photo). Il est pris de remords. Quelques photons continuent d'émettrent 24 heures après un intense bombardement d'amour, dit « bombardement en coup de foudre ».
Le professeur Sanchez envoye un télex à toutes les Universités de la planète pour annoncer sa fabuleuse découverte. Alerté par Rodriguez, le New Zealand Journal of Emotions publie une série d'articles incendiaires qui mettent en doute les gravats photoniques. Mais on parle de Sanchez dans les couloirs du prix Nobel.
La gravatologie vient de franchir une étape décisive. Les gravats ne cessent de nous étonner.